Joseph  Le Corre

( 1800 – 1845 )

Tisserand



      Perrine  Le Naorese  accouche, à 5 heures du matin, le 20 janvier 1800, dans sa demeure, d’un garçon. Elle est âgée de 29 ans. Le père, Pierre Le Corre, le grand-père, René Le Corre et Marie Lequinier vont tous les trois, le jour même, à la mairie de Plouay, déclarer la naissance. Il prénomme l’enfant, Joseph, mais aucun d’eux  ne peut signer le registre.

Acte de naissance de Joseph Le Corre

Ce jour trente nivose an huit de la République Française et indivisible devant nous soussigné GILLES LORIENT officier public de la commune et canton de PLOUAY a comparu PIERRE LE CORRE tisserant demeurant au village de St LEVENEC en cette commune âgé de 26 ans lequel nous a déclaré que PERRINE LE NAORESE son épouse âgée de 29 ans est accouchée en sa sus demeure à 5 h ce matin d’un enfant mâle prénommé JOSEPH et pour la sincérité de la précédente déclaration ont aussi comparu RENE LE CORRE ayeul paternel de l’enfant au dit St LEVENEC tisserant âgé de 64 ans et MARIE LEQUINIER femme de MAURICE LE MELEDO de LA VIGNE cultivatrice âgée de 35 ans non parent de l’enfant tous de cette commune et ont déclaré ne savoir signer de ce requis.
                                                                  Lorient
                                                              Off. Public


 


La famille Le Corre habite le village de St Lévenec qui est situé à 4 kilomètres à l’est du bourg de Plouay dans le Morbihan. A la naissance de Joseph, le père, âgé de 26 ans, et le grand-père qui a 64 ans, sont tous les deux tisserands. Joseph est élevé dans ce milieu du tissage et devient lui aussi tisserand.
Le 16 février 1824, à 24 ans, il épouse à Plouay, Jacquette Le Calvé, d’un an plus âgée que lui. Jacquette est native d’Inzinzac. Avant son mariage, elle demeurait à St Lévenec, avec son père, car sa mère était déjà décédée. Elle y était cultivatrice.
Le 8 mars 1825, Jacquette accouche d’un garçon. Joseph va à la mairie de Plouay, avec les grands-pères de l’enfant (Martin Le Calvé, âgé de 60 ans et pierre Le Corre, âgé de 55 ans), faire la déclaration de naissance.
 


Acte de mariage de Joseph Le Corre

L’an 1824 le 16 février 1824 par devant nous AUGUSTE de PLUVIE Maire Officier de l’Etat Civil de la commune de PLOUAY canton de ce nom département du Morbihan sont comparus JOSEPH LE CORRE âgé de 25 ans né en cette commune le 30 nivos an 8 (20 janvier 1800) comme ils ont constaté par son acte de naissance délivré en cette mairie le 20 janvier 1824 fils majeur des vivants PIERRE LE CORRE et de PERRINE LE NAOURESE présents et consentants cultivateurs demeurant avec ses père et mère au lieu de St LEVENEC d’une part et JACQUETTE LE CALVE âgée de 25 ans née en la commune d’INZINZAC le 29 vendemiere an 7 (20 octobre 1798) comme ils ont constaté par son acte de naissance délivré en la mairie d’INZINZAC le 26 janvier 1824 fille majeur du vivant MARTIN LE CALVE présent et consentant et de feue MARGUERITE TROUMELIN décédée en la commune d’INGUINIEL le 19 germinal 12 (9 avril 1804) comme il est constaté par son acte de décès délivré en la mairie d’INGUINIEL le 28 janvier 1824 cultivatrice demeurant avec son père à St LEVENEC d’autre part lesquels nous ont requient de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites en cette mairie à savoir la première le 4ème dimanche du mois de janvier la seconde le 1er dimanche de février 1824 aux heures de midi aucune opposition au dit mariage ne nous ayant été signifiée faisant droit à leur réquisition après leur avoir donné lecture de toutes les pièces ci-dessus mentionnées lesquelles ont été bien et du même légalisées et qui demeure indexées au présent acte et du chapitre six du code civil intitulé du mariage avons demandé au futur époux et à la future épouse s’ils veulent se prendre pour mari et pour femme chacun d’eux ayant répondu séparément et affirmativement déclarons au nom de la loi que le dit JOSEPH LE CORRE et la dite JACQUETTE LE CALVE sont unis par le mariage de quoi avons dressé acte en présence de JOSEPH LE …………âgé de quarante deux ans forgeron d’AUGUSTIN LE MOELLO âgé de quarante deux ans cloutier de FRANCOIS …………âgé de vingt neuf ans maréchal ferrant tous de ce bourg qui ont ainsi que les parties contractantes affirmés ne savoir signer après qu’il leur en a été faite lecture.
                                                                                       Signature



               Pour assurer des revenus pour le ménage, Joseph pratique donc le métier de tisserand. Pour tisser, il utilise du fil qui lui est vendu par un riche marchand de toile. Ce fil, de chanvre ou de lin, a subit un long travail de préparation. Tout d’abord, le rouissage qui consiste à faire séjourner les tiges dans l’eau pour désolidariser les fibres textiles du reste des tissus végétaux. Puis le broyage et le teillage pour séparer et isoler les fibres qui forment alors la filasse. Cette dernière est ensuite peignée et est ainsi prête à subir le filage à l’aide du rouet et de la quenouille [2].
Avec le fil acheté au filotier, Joseph procède en premier à un lessivage puis à un bobinage avant de le placer sur le métier. Pour ces opérations, sa femme l’aide souvent. Le métier à tisser de Joseph est situé au-dessus d’une fosse pratiquée dans le sol de terre battue permettant ainsi le logement des « marches » que sont les deux longues pédales servant à soulever alternativement les fils pairs et impairs de la chaîne.
Au moment de préparer son métier pour commencer à tisser, Joseph enduit les fils d’une pâte à base de farine appelée le « chas ». Il procède ainsi pour éviter tout risque de cassure et pour lui assurer une plus grande résistance quand il les tasse avec le « battant ».
Ensuite pour constituer la trame, Joseph utilise la navette qu’il glisse entre les deux nappes de fils de chaîne [3].
Avec son métier, Joseph fabrique de la toile permettant de confectionner des draps, des vêtements, des sacs, etc. Il travaille dur mais gagne peu d’argent [4].
Le 27 février 1827, Jacquette donne naissance à un deuxième enfant, c’est une fille prénommée Marie Louise. Le couple aura deux autres enfants : Marie Hélène , le 29 mars 1831 et Louis, le 16 septembre 1833.
Onze ans après son mariage, une dure épreuve touche Joseph, Jacquette décède le 30 décembre 1835, au village de Salaunec, et le laisse seul avec de jeunes enfants.
Le 23 juin 1845, à l’âge de 45 ans, Joseph décède à son tour, à son domicile, au village de St Lévenec.

Acte de décès de Joseph Le Corre

Le vingt neuf juin 1845 à 6 heures de l’après-midi par devant nous EDOUARD ……… Maire et Officier de l’Etat Civil de la commune de PLOUAY canton et département du Morbihan sont comparus ADRIEN LE PONZARD âgé de 34 ans et JEAN MARIE LE FORT âgé de 40 ans les deux demeurant au lieu de St LEVENEC en cette commune cultivateurs lesquels nous ont déclaré que ce jour à deux de l’après-midi JOSEPH LE CORRE âgé de 46 ans Tisserand natif de cette commune fils de feu PIERRE LE CORRE et PERRINE LE NAURES et veuf de JACQUETTE LE CALVE est décédé au lieu de St LEVENEC en son domicile du quel décès nous nous sommes assuré et les déclarants ont affirmé ne savoir signer avec nous après lecture.

                                                                Signature


Sources et bibliographie




[1] – Registres d’état civil de la Mairie de Plouay.

[2] – Jean Le Tallec – La vie paysanne en Bretagne Centrale sous l’ancien régime – Edts Coop Breizh – 1996.

[3] – Jean Martin  avec la collaboration d’Alain Le Noac’h – Toiles de Bretagne – La manufacture de Quintin, Uzel et Loudéac – 1670/1830 – Edts Presses Universitaires de Rennes – 1998.

[4] – Louis Elégouët – Les Juloded – Grandeur et décadence d’une caste paysanne en Basse-Bretagne – Edts Presses Universitaires de Rennes – 1996.